lundi 26 août 2013

Le Bateleur

Après la Rééducation du fou, la vie ne sera pas changée pour autant. C’est-à-dire que, les problèmes demeureront: si une civilisation n’évolue pas, et empêche les âmes d’évoluer, tous les problèmes existeront toujours.

Pour celui qui va comprendre, il devra construire autre choses. C’est le commencement, le début, le passage d’une existence à une autre. C’est comme le Bateleur qui commence un nouveau cycle. Il construit malgré toutes les épreuves. Rien n’est facile, mais il ose, il doit se battre contre une multitude de choses, contre le vieux système, contre l’ignorance, contre le matérialisme, la méchanceté des hommes. Mais si il persiste tout à lieu. C’est dans la persistance, la persévérance que le Bateleur établit le royaume.  Si vous savez être, vous saurez bâtir le nouveau monde, sinon, vous ne le saurez pas.

Un projet permet la projection du sens. Un projet, c’est ce qui fait que je ne suis pas seulement là, comme un pot de fleur, mais que je suis là pour quelque chose ou beaucoup mieux : un projet se construit surtout pour quelqu’un. Un projet n’est pas un désir superficiel, ni un simple choix. Le projet enveloppe autrui dans la construction d’un monde commun. Un projet, cela vous sort de l’absurdité de la vie.

Si moi, existence indigente et vide, je peux mentalement me projeter, je peux aussi me donner des raisons d’exister par rapport à l’autre. Je me donne du sens en me donnant un rôle. Je ne laisse plus ma liberté à elle-même, sinon elle s’effondre.

Il faut m’engager d’une manière ou d’une autre pour m’accomplir. Sinon c’est la noyade, l’effondrement dans l’absurde.



Je ne veux pas dire que les problèmes ne sont pas à considérer. Il faut les considérer car on ne vit pas que de l’air du temps et les yeux dans le ciel. On vit aussi de choses très concrètes, très structurées, et il ne faut pas courir se pendre, parce que du jour au lendemain il n’y a plus d’argent ou de travail.

La vie continue, la vie persiste, la vie est une énergie inépuisable, et c’est avec cette même force inépuisable que l’homme doit continuer à travers les changements, à croire dans la vie. 

Si demain vous ne croyez plus en votre vie, parce que cela, ou parce que ceci, vous ne serait pas initié à la force de la vie. Mais si malgré tous ces problèmes, malgré le Chaos vous prenez votre force en main et vous essayez de bâtir le nouveau monde, vous montrerez que vous êtes.

B.B © Août 2013

samedi 24 août 2013

Le doute raisonné

L’esprit humain est constamment exposé à l’erreur. Il peut faire des erreurs de sens, des erreurs de jugement ou de raisonnement. Les apparences sont trompeuses et la question n’est pas simple. Le soleil d’été semble parfois plus gros à l’horizon qu’il ne l’est au zénith et pourtant le soleil ne change pas de taille. Les sens peuvent donc nous tromper, et ce que nous percevons ne nous garantit pas de ce que nous voyons.

L’exercice du doute demande une grande honnêteté intellectuelle. Il ne s’agit pas de douter pour douter, comme par jeu. Il s’agit de reconnaître le vrai en lui faisant passer le baptême du doute.


Aristote disait « L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit. » Le mental est ainsi fait, et il peut très facilement argumenter pour ou contre, il peut montrer qu’il existe de bonnes raisons de croire et aussi de bonnes raisons de douter. Autant rejeter en bloc ce petit jeu et avouer de ne pas savoir et ainsi développer la diversité des opinions. La nature elle-même aime la diversité. La diversité est une richesse, car elle nous apprend qu’il est indispensable de regarder les objets de la connaissance humaine de différents points de vue. La diversité des opinions ne fait problème que lorsque les différences sont posées de manière irréductible et conflictuelle. Le doute nous invite à dépasser un point de vue limité, à nous déplacer vers un autre point de vue et à chercher une harmonie plus élevée, là où les contraires deviennent des complémentaires. 

Deux affirmations contraires en apparence peuvent très bien se révéler complémentaires.


Ce n’est pas parce que notre savoir est limité que pour autant nous sommes totalement ignorants. L’erreur elle-même n’existe que par rapport à la vérité. Nous pouvons faire des erreurs et cela n’implique nullement que nous ne pouvons  pas connaître la vérité. Bien sûr, nous pouvons aussi avoir des défaillances de l’attention et juger de manière précipitée parce que notre savoir est parfois incomplet et inadéquat. C’est un acquis que tout esprit intelligent reconnaît d’emblée. L’erreur elle-même a son rôle dans le progrès de la connaissance. Nous pouvons très bien en tirer un enseignement, qui offre l’occasion à l’esprit de corriger ses jugements.

Notre capacité à douter devient alors une quête, celle d’un Graal  laissant une grande part à l’incertitude parce que source de remise en question permanente.

B.B Strasbourg Août 2013
Image ; Eric Stéphane Seeger

Voyez aussi:

mardi 20 août 2013

Le Mat ou la rééducation du fou.

Nous nous servons dans le langage courant du terme de fou, à tort et à travers. Le fou renvoie toujours à des exemples extrêmement différents, et même les psychiatres s’en méfient. La question est donc de savoir de quel point de vue on peut parler de folie.

On dit que l’homme normal se comporte suivant une règle admissible, droite, et par une bonne sociabilité, voire même par le conformisme, tandis que le fou dévie souvent de la règle. Le fou à un comportement inadmissible et se rend incapable de s’insérer dans la société, de s’y adapter et de se conformer à la règle du grand nombre. La folie serait une forme extrême d’inadaptation de l’être humain.  

Le fou c’est un peu comme le Mat qui traverse toutes les étapes de la vie. Il avance d'un pas décidé, il semble partir pour explorer des pays inconnus avec son bâton de pèlerin jaune qui marque ses pas avec l'énergie qu'il puise de la terre dans une relation d'essence divine. Il donne l'impression d’être un marginal, un original exclu de l'ordre établi, il cultive sa différence, il est hors normes. Il se déplace avec détermination. La légende dit que Le Mat est libre dans sa conscience, il possède une intelligence divine sous son chapeau jaune, il est illuminé, il a acquis un niveau de la connaissance supérieure, tout comme La Papesse. Il dépasse le cadre de l'arcane, sa spiritualité est d'ordre supérieur.

Mais bien sûr tout cela reste une hypothèse qui dépend de la place que l'on donne au Mat dans le jeu.  Ce qui est clair c’est qu’il est exclu du jeu. On le retrouve par terre sous la table, il est blessé, il est différent des autres, il expose sa blessure. C'est de cet angle que Le Mat est la carte de tous les exclus, des marginaux, des incompris, et des mal aimés. Il ne possède rien, seulement son baluchon avec lequel il repart vers l'inconnu. Il s'oppose à l’injustice du monde, et au pouvoir de l'ordre établi. Il clash quand il se sent méprisé.

Soyons honnêtes Se conformer à un monde lui-même chaotique et insensé, cela a-t-il vraiment un sens ? A-t-on plus de raison à vouloir se conformer à la folie du monde qu’à vouloir s’en distinguer ?

Définir la rééducation du fou par le conformisme ne poserait aucun problème si la société était elle-même globalement équilibrée et saine d’esprit. 

B.B Strasbourg Août 2013 
Image: Le Mat

lundi 19 août 2013

Le fantôme amoureux

La question de fond du fantôme amoureux, c’est de savoir comment l’écriture peut lui servir de support pour son travail sur soi, et de quelle manière il doit servir ses récits, pour qu’il soit d’une réelle utilité pour son concile amoureux. Doit-il se souvenir du passé pour retrouver les nœuds temporels qui lui permettent d’accéder à la subjectivité de l’instant où il a été l’acteur de l’événement heureux ?
Il a appris également par son expérience que les biens et les maux qui arrivent ne touchent pas selon leur grandeur mais selon la sensibilité. Il sait aussi, qu’il sera obligé dorénavant de mettre son armure qui le maintiendra debout et lui permettra d’utiliser sa sensibilité.

Il est capable de tout car le fatal n’existe pas chez le fantôme amoureux. Il veut sentir palpiter frénétiquement en lui les rythmes de l’amour, et sa mémoire cherche confusément à mettre au jour la continuité‚ de sa relation amoureuse.

Dans une telle vision,  son égo prend une cohérence et s'organise peu à peu dans un tout, dont la loi n'est pas imposée de l'extérieur par un chaos d'événements, mais plutôt de l'intérieur, dans un réseau d'intentions plus vaste que le monde machiavélique du moment. 

Le fil conducteur de sa mémoire lui permet de ressaisir les lignes de son destin pour une œuvre située dans le temps. Il sait que des recettes magiques ont pour effet d’exaspérer la volupté des charmes secrets par des extases sans pareil et que l’enthousiasme amoureux peut demeurer vivant jusqu'à la vieillesse. 

B.B  Strasbourg Août 2013

dimanche 18 août 2013

Le voleur d'images

Nous avons tous reçu la mise en garde qui dit qu’il faut se méfier des apparences. Ce qui est curieux, c’est l’usage très sélectif que nous faisons de ce genre de recommandation. Machiavel dans Le Prince, dit qu’il n’y a en ce monde que bien peu d’esprits perspicaces. La foule est crédule, elle se laisse aisément tromper, parce qu’elle croit dans les apparences qu’on lui offre et ne va pas plus loin.

En d’autres termes, le voleur d’image qui aime son sujet ne voient pas le trafic de l'image, il voit une personne aimable, qui mérite d'être aimée pour ce qu'elle est, et pas pour ce qu'elle devrait être, ni pour ce qu'elle voudrait être, et encore moins pour ce qu'elle voudrait paraître être.

Le terme d’illusion va encore plus loin, parce qu’il implique un jeu de dupe où le sujet se prend lui-même pris au piège de l’apparence en lui prêtant une réalité qu’il n’a pas. Ainsi les tendances mondaines du sujet, l’empêchent de se reconnaître et toute cette histoire d'image du voleur, ce ne sont que des complications du mental.

Nous sommes libres de comprendre à notre manière, mais on a beau faire, dès que l'on donne une certaine pérennité à une idée, une action, une décision, dès que l'on entreprend quelque chose, que l’on conçoit dans la durée, une certaine image de soi se forme en nous, involontairement, spontanément, qui correspond bien à notre manifestation…

Il faudrait ici, par esprit de soupçon, se méfier de la gentillesse et chercher une vilaine intention ; et là faire un effort de bonne volonté pour trouver le contraire de ce que l’on voit, en prêtant une bonne intention à celui qui affiche tout le contraire. 



B.B Strasbourg Août 2013

samedi 17 août 2013

La Matrice

Exister sous le regard de l’autre à toujours était le leitmotiv de la vie sociale. Cette puissance de l’égo qui s’exerce de plus en plus sur les individus et très en vogue dans notre société. Sa manifestation sur les réseaux sociaux est reconnue comme tel. C’est sous le terme de Matrice qu’elle exerce cette forme de conditionnement non violente, qui consiste à s’emparer des désirs du sujet, de sorte qu’il réagisse pour ce que l’on attend de lui. Sa forme la plus subtile de conditionnement c’est la récompense. Le plus grand nombre de like qu’il aura obtenu sera son triomphe, de sorte que le conditionnement soit lui-même désiré par le sujet.

L’ordinateur n’est plus un objet technique de communication ou un outil d’information mais il est devenu pour la grande majorité de la matrice du divertissement inter-réactif qui absorbe la conscience avec le sentiment d’exister et de participer à la marche du monde. Ce qui était jadis un progrès et devenu une servitude de l’esprit. Une addiction.

Dès que l’internaute s’assoit devant son écran, il devient le héros qui s’identifie au flux continu et incessant. L’information qui s’embrase ne l’échauffe plus d’un degré et l’inondation d’images ne le mouille plus, on peut même le voir surfer au gré des flux et ainsi l’apprivoiser. Ce qui l’intéresse ce n’est pas l’événement responsable, mais ce qui va se passer quand il existera sous le regard virtuel des connectés. C’est simplement la vague émotionnelle qui passe sur les flux qu’il attend. Il ouvre le robinet et fait la vidange de toutes ses pensées personnelles, en entrant dans un état second se trouvant en dessous du seuil de la pensée habituelle. Il oublie tout. Il attend la ré-con-pense de la Matrice. Il s’engage ainsi dans une course effrénée où il peut s’identifier à tous les jeux de rôle brûlant et passionnant. Facebook veille sur ces liens d'amitiés. 

Pour obtenir une vérité quelconque sur lui, il faut qu’il passe par l'autre et les réseaux sociaux permettent aux gens d’étaler, ou de partager des informations relevant de leur vie privée. L'autre est indispensable à son existence, aussi bien d'ailleurs, qu'à la connaissance qu’il a de lui-même. Dans ces conditions, la découverte de son intimité se découvre aussi en même temps, à l'autre.

Comme une liberté posée en face de lui, il découvre la matrice, qui décide ce qu'il est, et ce que sont les autres.


B.B  Strasbourg  Août 2013 
Image: Matrix

vendredi 16 août 2013

Libre choix

On conçoit habituellement le libre choix comme la capacité d’agir sans contrainte, ou encore comme la faculté d’effectuer des choix sans y être obligé ni forcé, et non comme un casse tête qui nous obligerais à aller consulter une voyante, parce que nous devons faire confiance aux astres, puisque l’avenir serait déjà écrit.

Certains enseignent, que le destin repose sur une interprétation univoque du temps. Il n’y a qu’une ligne du temps, pas de possible et rien ne peut être neuf. Tout doit donc être prévisible, puisque, par définition, ce qui est neuf est imprévisible. 
C’est Zeus qui l’a décidé. « Tout est écrit sur le grand rouleau ».  
Apprendre à vivre, c’est savoir se résigner à ce que les choses arrivent telles qu’elles arrivent. La fatalité fait son office ! La Lune prévoie le malheur ou le bonheur.

Du coup, nous ne sommes plus responsables de rien, puisque nous ne sommes en fin de compte que des rouages dans une vaste machine, l’horloge de l’univers. Il suffit de l’interpréter de manière simpliste et nous sommes excusés de nos choix puisque nous ne pouvions pas en avoir d’autre ! Si le monde part à la dérive, c’est qu’il ne fait que suivre son cours implacable. Ce qui se produit devait se produire et ne pouvait être différent. Tout ce qui arrive dans l’univers suit la nécessité.

En réalité, ce qui dépend de moi, c’est de prendre les choses comme elles viennent, avec une attitude juste. (Épictète) L’acceptation du Destin n’est pas la résignation pour autant, car c’est le fondement d’une décision juste, basée sur le principe de la réalité. Mais cette position est tout de suite perçue comme hérétique, car elle revient à concéder un pouvoir créateur à l’homme et à supprimer l’Omniscience de Zeus qui ne l’a pas décidé. 

L’homme libre doit conserver sa lucidité devant le réel, son pouvoir de délibération, car s’il perdait toute lucidité et tout pouvoir de délibération, il perdrait du même coup sa liberté. Tout se joue donc au niveau de la disponibilité de l’intelligence. Pour que je puisse juger sainement, il faut que mon intelligence garde son indépendance, observe un retrait et ne soit pas asservie au domaine des sens. C’est là une exigence élevée, mais ce pouvoir nous l’avons encore.

Pour Descartes c’est une évidence incontestable : « il est évident que nous avons une volonté libre qui peut donner son consentement ou ne pas le donner quand bon lui semble, que cela peut-être compté pour une de nos plus commune notions ». La volonté s’appartient à elle-même, parce que la conscience s’appartient à elle-même.

Bref, je renonce à une conception immature, capricieuse et fantaisiste de la liberté de choix.


B.B Strasbourg Aout 2013

Voyez aussi:
Philosophie et spiritualité. http://sergecar.perso.neuf.fr/

jeudi 15 août 2013

Vires-tu elle ?

D'un côté nous aimons l'illusion, parce que nous aimons le jeu, et comme Internet nous permet de nous livrer au spectacle, grâce à la réalité virtuelle, alors nous sommes facilement tentés de rester là planter devant notre ordinateur pour rêver en se laissant prendre dans l’ivresse générale du réseau. Seulement voilà le jeu peut très vite se transformer en piège de l’illusion qui se referme sur l’hébétude et oublier sa vie. Après tout, dans le rêve, tous les fantasmes peuvent se satisfaire. Cela permet d’oublier la réalité. Au fond, certains aimerez bien passer leur vie à rêver en restant connecté à ce réseau géant planétaire.

Ce qui est stupéfiant avec Internet c’est qu’il est capable de reproduire à l’identique les conditions du rêve, bref de permettre de rêver les yeux ouverts. Comme dans le rêve, tout va vite, tout peut être excessif, émotionnel, chaotique, et passer d’une chose à l’autre sans aucune logique. Avec Internet, toutes les pulsions sont libérées. Rêvez ils feront le reste.

Attention quand même avec la rapidité du réseau qui a vite fait de vous prendre en otage, au sens où votre attention devient flottante et fragmentaire. La vision subit un formatage sélectif. Vous êtes dans le rêve. On like et on idéalise ces fantasmes, une sorte de revanche contre le système d’où la vie est exclue, une manière de compenser un mécontentement profond qui ne trouve pas d’autre voie pour s’exprimer. Et puis, il y a cette fascination du possible, le virtuel, c’est le virtu-ose, la perfection attendue, espérée ; mais peut être jamais trouvée réellement. Parce que chercher dans une représentation de la vie, alors que la vie elle-même ne se situe jamais dans la représentation mais la précède.

B.B Luçon Août 2013 

Voyez aussi:
Philosophie et spiritualité