mardi 3 septembre 2013

Intoxication digitale

Nous vivons dans un déballage constant de l’intimité, nous avons des centaines d’amis sur les réseaux sociaux, des milliers de blogs à consulter, des centaines de mails qui s’échangent dans un rythme frénétique, et cependant notre situation reste paradoxale malgré la puissance des flux d’informations. On pourrait presque croire que notre conscience devient transparente en circulant instantanément partout grâce à un clic de souris. Il n’y a plus de frontières, les délais sont abrégés, nous pouvons effectuer des recherches, publier nos travaux en les confrontant à la masse des informations qui submerge et se noie dans cette océan digitale qui colporte aussi bien la rumeur, la désinformation tendancieuse, le parti-pris polémique, le bavardage inutile, autant que l’examen sérieux et approfondi.


Mais le plus drôle c’est que nous y croyons. Bien entendu en occident nous sommes loin de l’obscurantisme du Moyen-âge, loin des ténèbres des dictatures politiques et pour un peu on se prendrait bien à croire que la vie au grand jour est là avec tous ses mystères éventés. 

Le savoir, qui jadis était confiné dans des cercles étroits, peut maintenant circuler partout instantanément mais aussi nuire à la qualité.

Est-ce que le déferlement des informations, par le biais d’Internet a changé la donne ? Sommes-nous devenus impudiques en raison de notre grande liberté d’expression ? Ce n’est pas si simple et on ne peut pas reprocher non plus à cet outil d’être ce qu’il est. Tout dépend de ce que l’on en fait, et du contenu que l’on y met. Il y a quelque chose de simpliste à vouloir s’en prendre à Internet, parce qu’il étale des informations à n’en plus finir et tend à privilégier le représentable, mais ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que le contenu est le reflet de ce que nous sommes, c’est une image de la conscience collective et de ses tendances.

Malheureusement le clivage du monde virtuel a engendré une nouvelle forme de consommation avec cette dépendance qui lui est propre. La discussion se maintient à condition que chacun puisse sauvegarder son point de vue, avant comme après. Il ne s’agit plus vraiment de communiquer, ni même de composer un point de vue différent, mais surtout de triompher dans l’échange, et rare sont ceux qui sont sincères. Bref nous sommes encore très loin d’user consciemment de l’intelligence collective.

Cette relation de dépendance nous soulage de notre souffrance d'avoir perdu un rapport direct avec la vie et les vibrations du monde naturel. La superficialité et le rythme frénétique de notre civilisation occidentale masquent notre solitude profonde et l'absence de communion avec le monde qui pourrait nous redonner courage et épanouir nos sens par la richesse d'un accès direct à la vie elle-même.

Si une mutation profonde de la conscience collective se produisait, les informations changeraient en profondeur.

B.B © Septembre 2013
Photo: Can Stock 

2 commentaires:

  1. Virtuel quand tu nous tient.
    Certes Bruno.
    Mais penchons nous un instant sur la réalité.
    On décortique:
    " profit. intérêt. (ce qui ressemble au précédent). apparence. ego. individualisme. exploitation. abandon."
    Tu vois, ce n'est guère mieux.
    Au moins au virtuel correspond le beau mot d'illusion. Et là, on avance en étant pleinement conscient que ce n'est que cela.
    Amicalement.

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    1. On est bien d'accord Marie-Hélène, merci pour ton commentaire...........Amicalement

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