samedi 17 août 2013

La Matrice

Exister sous le regard de l’autre à toujours était le leitmotiv de la vie sociale. Cette puissance de l’égo qui s’exerce de plus en plus sur les individus et très en vogue dans notre société. Sa manifestation sur les réseaux sociaux est reconnue comme tel. C’est sous le terme de Matrice qu’elle exerce cette forme de conditionnement non violente, qui consiste à s’emparer des désirs du sujet, de sorte qu’il réagisse pour ce que l’on attend de lui. Sa forme la plus subtile de conditionnement c’est la récompense. Le plus grand nombre de like qu’il aura obtenu sera son triomphe, de sorte que le conditionnement soit lui-même désiré par le sujet.

L’ordinateur n’est plus un objet technique de communication ou un outil d’information mais il est devenu pour la grande majorité de la matrice du divertissement inter-réactif qui absorbe la conscience avec le sentiment d’exister et de participer à la marche du monde. Ce qui était jadis un progrès et devenu une servitude de l’esprit. Une addiction.

Dès que l’internaute s’assoit devant son écran, il devient le héros qui s’identifie au flux continu et incessant. L’information qui s’embrase ne l’échauffe plus d’un degré et l’inondation d’images ne le mouille plus, on peut même le voir surfer au gré des flux et ainsi l’apprivoiser. Ce qui l’intéresse ce n’est pas l’événement responsable, mais ce qui va se passer quand il existera sous le regard virtuel des connectés. C’est simplement la vague émotionnelle qui passe sur les flux qu’il attend. Il ouvre le robinet et fait la vidange de toutes ses pensées personnelles, en entrant dans un état second se trouvant en dessous du seuil de la pensée habituelle. Il oublie tout. Il attend la ré-con-pense de la Matrice. Il s’engage ainsi dans une course effrénée où il peut s’identifier à tous les jeux de rôle brûlant et passionnant. Facebook veille sur ces liens d'amitiés. 

Pour obtenir une vérité quelconque sur lui, il faut qu’il passe par l'autre et les réseaux sociaux permettent aux gens d’étaler, ou de partager des informations relevant de leur vie privée. L'autre est indispensable à son existence, aussi bien d'ailleurs, qu'à la connaissance qu’il a de lui-même. Dans ces conditions, la découverte de son intimité se découvre aussi en même temps, à l'autre.

Comme une liberté posée en face de lui, il découvre la matrice, qui décide ce qu'il est, et ce que sont les autres.


Août 2013 
Image: Matrix

vendredi 16 août 2013

Libre choix

On conçoit habituellement le libre choix comme la capacité d’agir sans contrainte, ou encore comme la faculté d’effectuer des choix sans y être obligé ni forcé, et non comme un casse tête qui nous obligerais à aller consulter une voyante, parce que nous devons faire confiance aux astres, puisque l’avenir serait déjà écrit.

Certains enseignent, que le destin repose sur une interprétation univoque du temps. Il n’y a qu’une ligne du temps, pas de possible et rien ne peut être neuf. Tout doit donc être prévisible, puisque, par définition, ce qui est neuf est imprévisible. 
C’est Zeus qui l’a décidé. « Tout est écrit sur le grand rouleau ».  
Apprendre à vivre, c’est savoir se résigner à ce que les choses arrivent telles qu’elles arrivent. La fatalité fait son office ! La Lune prévoie le malheur ou le bonheur.

Du coup, nous ne sommes plus responsables de rien, puisque nous ne sommes en fin de compte que des rouages dans une vaste machine, l’horloge de l’univers. Il suffit de l’interpréter de manière simpliste et nous sommes excusés de nos choix puisque nous ne pouvions pas en avoir d’autre ! Si le monde part à la dérive, c’est qu’il ne fait que suivre son cours implacable. Ce qui se produit devait se produire et ne pouvait être différent. Tout ce qui arrive dans l’univers suit la nécessité.

En réalité, ce qui dépend de moi, c’est de prendre les choses comme elles viennent, avec une attitude juste. (Épictète) L’acceptation du Destin n’est pas la résignation pour autant, car c’est le fondement d’une décision juste, basée sur le principe de la réalité. Mais cette position est tout de suite perçue comme hérétique, car elle revient à concéder un pouvoir créateur à l’homme et à supprimer l’Omniscience de Zeus qui ne l’a pas décidé. 

L’homme libre doit conserver sa lucidité devant le réel, son pouvoir de délibération, car s’il perdait toute lucidité et tout pouvoir de délibération, il perdrait du même coup sa liberté. Tout se joue donc au niveau de la disponibilité de l’intelligence. Pour que je puisse juger sainement, il faut que mon intelligence garde son indépendance, observe un retrait et ne soit pas asservie au domaine des sens. C’est là une exigence élevée, mais ce pouvoir nous l’avons encore.

Pour Descartes c’est une évidence incontestable : « il est évident que nous avons une volonté libre qui peut donner son consentement ou ne pas le donner quand bon lui semble, que cela peut-être compté pour une de nos plus commune notions ». La volonté s’appartient à elle-même, parce que la conscience s’appartient à elle-même.

Bref, je renonce à une conception immature, capricieuse et fantaisiste de la liberté de choix.


Aout 2013

Voyez aussi:
Philosophie et spiritualité. http://sergecar.perso.neuf.fr/

jeudi 15 août 2013

Vires-tu elle ?

D'un côté nous aimons l'illusion, parce que nous aimons le jeu, et comme Internet nous permet de nous livrer au spectacle, grâce à la réalité virtuelle, alors nous sommes facilement tentés de rester là planter devant notre ordinateur pour rêver en se laissant prendre dans l’ivresse générale du réseau. Seulement voilà le jeu peut très vite se transformer en piège de l’illusion qui se referme sur l’hébétude et oublier sa vie. Après tout, dans le rêve, tous les fantasmes peuvent se satisfaire. Cela permet d’oublier la réalité. Au fond, certains aimerez bien passer leur vie à rêver en restant connecté à ce réseau géant planétaire.

Ce qui est stupéfiant avec Internet c’est qu’il est capable de reproduire à l’identique les conditions du rêve, bref de permettre de rêver les yeux ouverts. Comme dans le rêve, tout va vite, tout peut être excessif, émotionnel, chaotique, et passer d’une chose à l’autre sans aucune logique. Avec Internet, toutes les pulsions sont libérées. Rêvez ils feront le reste.

Attention quand même avec la rapidité du réseau qui a vite fait de vous prendre en otage, au sens où votre attention devient flottante et fragmentaire. La vision subit un formatage sélectif. Vous êtes dans le rêve. On like et on idéalise ces fantasmes, une sorte de revanche contre le système d’où la vie est exclue, une manière de compenser un mécontentement profond qui ne trouve pas d’autre voie pour s’exprimer. Et puis, il y a cette fascination du possible, le virtuel, c’est le virtu-ose, la perfection attendue, espérée ; mais peut être jamais trouvée réellement. Parce que chercher dans une représentation de la vie, alors que la vie elle-même ne se situe jamais dans la représentation mais la précède.

Août 2013 

Voyez aussi:
Philosophie et spiritualité